Jain

Livre 4

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Le Tattvārthādhigama Sūtra

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Version 1.53 - 2015-10-11
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Introduction

Le « Tattvārthādhigama Sūtra », en abrégé « Tattvārtha Sūtra » (Traité des réalités), est un exposé des grands principes du Jaïnisme. Reconnu à la fois par les Jaïns Shvetāmbara et Digambara, avec quelques variantes qui ne sont pas fondamentales, ce texte constitue véritablement leur Bible. A la différence des livres sacrés jaïns écrits en prakrit, le « Tattvārtha Sūtra » est en sanskrit et, de ce fait, plus facile à comprendre. Rédigé sous forme d'aphorismes, il est condensé et méthodique.

L'auteur de cet ouvrage, qui comprend 10 chapitres et 357 sūtras, au total, dans la présente version, est le célèbre Umāsvāti pour les Shvetāmbara, Umāsvāmi pour les Digambara, qui a vécu aux premiers siècles de notre ère et qui a fait un commentaire du texte pour en préciser la teneur. Depuis, ce texte été traduit par différents maîtres jaïns et universitaires dans plusieurs langues mais jamais en français jusqu'ici. Ce qui est donné là c'est la traduction de la version en anglais, réalisée par l'Upādhyāya Shritsagar, reprise sur le site Web « jainworld.com/phil/tatsut »

Chapitre 1
La voie de la libération, les réalités, la connaissance.

1. La foi (la vision) juste (samyak darshana), la connaissance juste (samyak jñāna), et la conduite juste (samyak cāritrā) constituent ensemble la voie de la libération (mokshamārga).

2. La croyance dans les réalités (tattva), telles qu'elles sont, constitue la foi juste.

3. Cette foi juste est obtenue par l'intuition (nisargā) ou par l'acquisition de la connaissance (adhigamā).

4. Les substances vivantes (jīvā) et non vivantes (ajīvā), l'afflux (āsrava) l'asservissement (bandha), l'arrêt (samvara), l'effacement (nirjarā) et la libération (mokshā), des karma sont les sept sortes de réalité.

5. Les réalités : la foi juste, etc. sont analysées par leur nom (nāma), leur représentation (sthāpanā), leur substance (dravya) et leur état présent (bhāva).

6. La connaissance des réalités : la foi juste, etc. est atteinte par les moyens de la connaissance totale (pramāna) et de la connaissance partielle (naya).

7. La connaissance est aussi atteinte par la description (nirdesā), la possession (svāmitva), la cause (sādhana), la place (adhikarana), la durée (sthiti) et la division (vidhāna).

8. L'existence (sat), le nombre (samkhyā), la place présente (kshetra), l'étendue dans l'espace (sparshana), le temps (kāla), l'intervalle de temps (antara), la qualité (bhāva) et la quantité (alpa-bahutva) aident aussi à atteindre la connaissance.

9. La connaissance est de cinq sortes : la connaissance sensorielle (mati), la connaissance scripturale (shruta), la connaissance extraordinaire ou clairvoyance (avadhi), la connaissance à distance ou télépathie (manah paryaya) et l'omniscience ou connaissance parfaite (kevala).

10. Toutes ces cinq sortes de connaissance sont valables et de deux types.

11. Les deux premiers types de connaissance (sensorielle et scripturale) sont indirectes (paroksha) puisqu'elles sont atteintes par les organes des sens et par l'esprit.

12. Les trois connaissances restantes (clairvoyance, télépathie et omniscience) sont directes (pratyakshsa) puisqu'elles sont obtenues par l'âme elle-même.

13. La cognition sensorielle, le souvenir (smriti), la recognition (sañjñā), l'induction (chintā) et la déduction (abhinibodha) sont synonymes de connaissance sensorielle.

14. La connaissance sensorielle est atteinte au moyen des cinq sens (indriya) et de l'esprit (anindriya).

15. Les quatre divisions de la connaissance sensorielle sont : la perception (avagraha), la conception (īhā), le jugement (āvāya) et la mémoire (dhāranā).

16. Les subdivisions de chacune de celles-ci sont nombreuses (bahu), de différentes sortes (bahuvidha), rapides (kshipra), cachées (anihshrita), inexprimées (anukta), durables (dhruva) et leurs contraires.

17. Ce sont les qualités des objets déterminables par la connaissance sensorielle.

18. Les objets indéterminables (vyañjana) sont connus seulement par la perception (avagraha).

19. La perception des objets indéterminables ne provient pas des yeux et de l'esprit.

20. La connaissance scripturale (shruta) est précédée par la connaissance sensorielle (mati). Elle est de deux sortes (verbale et mentale), de douze sortes (les douze Anga) et de nombreuses sortes (les Angabāhya).

21. Les êtres célestes (deva) et infernaux (nārakā) possèdent la clairvoyance (avadhi), dès leur naissance.

22. La clairvoyance provenant de la destruction et de la baisse des karma qui l'obscurcissent est de six sortes. Elle est acquise par le reste (c'est-à-dire : par les êtres humains et les animaux).

23. La télépathie ou connaissance mentale (manahparyāya) est de deux sortes : simple ou actuelle (rijumati) et complexe ou actuelle, passée et future (vipulamati).

24. La complexe (vipulamati) est spéciale, comparée à la simple (rijumati), du fait de sa plus grande pureté et de son infaillibilité.

25. La télépathie et la clairvoyance différent concernant la pureté, l'espace, le connaisseur et les objets. La télépathie est plus pure que la clairvoyance, mais la clairvoyance s'étend sur un espace plus large. Ceux qui possèdent la télépathie sont particulièrement limités, alors que la clairvoyance peut être possédée dans les quatre états d'existence.

26. Le domaine de la connaissance sensorielle et de la connaissance scripturale s'étend aux six substances, mais non à toutes leurs modifications (formes).

27. Le domaine de la clairvoyance est la substance qui a une forme (la matière).

28. Le domaine de la télépathie s'étend seulement à une partie infinitésimale de celui de la clairvoyance.

29. L'omniscience (kevala jñāna) s'étend à toutes les substances et à toutes leurs modifications.

30. Une âme possède au minimum une et au maximum quatre sortes de connaissance simultanément. Si l'âme possède seulement une sorte de connaissance : c'est l'omniscience ; si elle en possède deux : ce sont la sensorielle et la scripturale ; si elle en possède trois : ce sont la sensorielle, le scripturale et la clairvoyance ou la télépathie ; et si elle en possède quatre : ce sont la sensorielle, la scripturale, la clairvoyance et la télépathie.

31. Les connaissances sensorielle, la connaissance scripturale et la clairvoyance peuvent aussi être des connaissances erronées.

32. Du fait de son manque de discernement entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, la connaissance erronée est fantaisiste comme celle d'un fou.

33. Le figuratif (naigama), le synthétique (sangraha), l'analytique (vyavahāra), le réel, (riju Sūtra), le descriptif (sabda), le spécifique (samabhirūdha) et l'actuel (evambhūta) sont des aspects de la connaissance ou points de vue (naya).

Résumé de ce chapitre

La voie de la libération

La perception (juste) rationnelle, la connaissance (juste) rationnelle et la conduite (juste) rationnelle constituent ensemble la voie de la libération.
La foi dans la réalité (les substances considérées telles qu'elles sont) constitue la perception (juste) rationnelle. Elle est atteinte par l'intuition ou par l'acquisition de la connaissance.

Les aspects de la réalité

La réalité a sept aspects :

  1. les âmes,
  2. les entités inanimées,
  3. l'afflux de la matière karmique vers l'âme,
  4. l'asservissement de l'âme par la matière karmique,
  5. l'arrêt de l'afflux de la matière karmique dans l'âme,
  6. l'effacement de la matière karmique de l'âme,
  7. la libération de l'âme de la matière karmique.

Dans certaines écritures, le mérite (punya) et le démérite (pāpa) sont aussi comptés comme des aspects de la réalité et ainsi neuf « tattva  » ont été décrits. L'Āchārya Umasvāti, et quelques autres sages jaïns, considèrent le mérite et le démérite comme une partie de l'afflux et de l'asservissement du karma.
La réalité est comprise par l'expérimentation et par la pensée logique. L'expérimentation signifie l'information et la preuve obtenues par l'étude des écritures, l'observation de la nature et l'expérience. La compréhension d'une entité ou concept comporte la prise en considération de sa description, de sa propriété, de sa cause, de sa place, de sa durée et de sa classification. Elle implique aussi de connaître son existence, son nombre, son étendue, son aire, son temps, ses traits distinctifs, sa qualité et sa comparaison.

Les sortes de connaissance

La connaissance est de cinq sortes : la cognition sensorielle, la connaissance scripturale (dérivée des signes, des symboles, des lettres et des mots), la connaissance extraordinaire (clairvoyance), la connaissance mentale (télépathie) et la connaissance parfaite (omniscience).
La cognition sensorielle inclut le souvenir, la reconnaissance, l'induction et la déduction. Elle est acquise à l'aide des sens et de l'esprit. La connaissance scripturale est précédée de la connaissance sensorielle. Le sujet de la connaissance extraordinaire (clairvoyance) c'est la matière, y compris l'âme incorporée. Les formes les plus fines de matière constituent le sujet de la connaissance mentale. Toutes les entités de l'univers, y compris leurs modifications, forment le sujet de la connaissance parfaite. La cognition sensorielle, la connaissance scripturale et la connaissance extraordinaire (clairvoyance) peuvent être erronées.

Chapitre 2
Les âmes, les sens, les corps des êtres vivants.

1. Les caractéristiques distinctives de l'âme (jīvā) sont les dispositions (les activités de la pensée) qui viennent de la diminution (aupashamika), de la destruction (kshāyika), du mélange (mishra) de la diminution et de la destruction des karma, de la fructification des karma (audayika), et de la nature propre ou capacité de l'âme (parināmika).

2. Ces cinq sortes de disposition sont de deux, neuf, dix-huit, vingt et un et trois types respectivement.

3. Les deux sortes de disposition qui résultent de la diminution (des karma) sont : la foi juste et la conduite juste.

4. Les neuf sortes de disposition qui viennent de la destruction sont : la destruction des karma qui affectent la connaissance (jñānāvaranīya), la perception (darshana), la charité (dāna), le gain (lābha), le plaisir (bhoga), la réjouissance (upabhoga), l'habileté (vīrya), la foi (samyaktva) et la conduite (cāritra) justes.

5. Les dix-huit sortes de disposition qui viennent de la destruction avec réduction des karma sont : quatre sortes de connaissance (sensorielle, scripturale, clairvoyante et télépathique), trois sortes de connaissance erronée (sensorielle, scripturale et clairvoyante), trois sortes de perceptions (oculaire, non oculaire, clairvoyante) et cinq sortes de réalisation (le don, le gain, le plaisir, la réjouissance et l'énergie), la foi juste, la conduite juste et la conduite mixte (de contrôle et de non contrôle).

6. Les vingt et une sortes d'apparition des karma sont liées : aux quatre conditions d'existence (gati), aux quatre passions (kashāya), aux sexes (linga), à la foi erronée (mithyādarshana), à la connaissance erronée (ajñāna), au non contrôle (asanyata), à la non atteinte du salut (asiddha) et aux six colorations de la pensée (leshyā) qui sont de quatre, quatre, trois, une, une, une, une et six sortes respectivement.

7. Les trois qualités naturelles de l'âme sont : le principe de vie ou conscience (jīvatva), la capacité pour le salut (bhavyatva) et l'incapacité pour le salut (abhavyatva).

8. La conscience (upayoga) est le differentia ou caractéristique distinctive (lakshāna) de l'âme.

9. La conscience est de deux sortes, par exemple, la connaissance et la perception. Celles-ci, à leur tour, sont de huit sortes: la sensorielle, la scripturale, la clairvoyante, la télépathique et l'omnisciente, et la sensorielle, la scripturale et la clairvoyante erronées, et de quatre sortes : oculaire, non oculaire, clairvoyante et parfaite, respectivement.

10. Les âmes sont de deux sortes : celles qui transmigrent (samsārī) et celles qui sont libérées (mukta).

11. Les deux sortes d'âmes qui transmigrent sont avec et sans esprit (samanaska et amanaska).

12. Les âmes qui transmigrent sont aussi divisées en deux catégories, par exemple, les êtres mobiles (trasa) et les êtres immobiles (sthāvara).

13. Les êtres immobiles sont de cinq sortes : ceux qui ont un corps de terre (prithivī), ceux qui ont un corps d'eau (apa), ceux qui ont un corps de feu (teja), ceux qui ont un corps d'air (vāyu) et ceux qui ont un corps végétal (vanaspati).

14. Les êtres mobiles ont deux sens ou plus.

15. Il y a cinq sens (endriyā) : le toucher, le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe.

16. Chaque sens est de deux sortes, par exemple, matériel (dravyendriya) et émotionnel (bhāvendriya).

17. Le sens matériel se compose de l'organe lui-même (nirvritti) et des moyens ou des instruments de son environnement protecteur (upakarana).

18. Le sens émotionnel se compose de la manifestation de sa faculté (labdhi) et de la conscience (upayoga).

19. Les cinq sens du toucher (sparshana), du goût (rasana), de l'odorat (ghrāna), de la vue (cakshu) et de l'ouïe (shrorta) se rapportent à un organe du corps, par exemple, les yeux pour la vue.

20. Le toucher (sparsha), le goût (rasa), l'odeur (gandha), la couleur (varna) et le son (shabda) sont les objets des sens.

21. La connaissance scripturale est du domaine de l'esprit.

22. Jusqu'à la fin, les êtres végétaux (ex : tous les êtres immobiles) ont un seul sens, celui du toucher.

23. Le ver, la fourmi, l'abeille, etc. et l'homme (manushya), ont chacun un sens de plus que le précédent.

24. Les êtres qui ont les cinq sens et l'esprit (la capacité de percevoir et de juger le bien et le mal) sont appelés intelligents (sanjñi).

25. Dans la transmigration de l'âme d'un corps dans un autre, il y a seulement la vibration du corps karmique (karma yoga).

26. Le transit d'une incarnation dans une autre (vigraha-gati) a lieu en lignes (lignes droites) dans l'espace.

27. Le mouvement d'une âme libérée va directement vers le haut sans une courbe.

28. Le mouvement des âmes qui transmigrent fait une courbe et peut prendre jusqu'à quatre instants (samayā), qui est le mouvement avec trois courbes. Chaque courbe demande un instant supplémentaire.

29. Un mouvement sans courbe prend seulement un instant.

30. Pendant le mouvement jusqu'à la dernière courbe, l'âme reste non assimilatrice (anāhārkā) par exemple, elle n'attire pas de molécules de matière dont les corps sont formés pendant un, deux ou trois instants.

31. La naissance est de trois sortes par génération spontanée (sammūrchhana), de l'utérus (garbha) ou par groupement instantané de matière (upapāda).

32. La matière vivante, le froid, le couvert, leurs opposés et leurs combinaisons sont les nuclei ou lieux de naissance individuels.

33. La naissance de l'utérus est de trois sortes : ombilicale (avec une poche protectrice), incubatrice (d'un œuf) et non ombilicale (sans poche protectrice).

34. La naissance des êtres célestes et infernaux a lieu par groupement instantané dans des lits spéciaux (upapāda).

35. La naissance des autres êtres (excepté ceux par embryon et par groupement instantané) a lieu par génération spontanée.

36. Les corps (sharīra) sont de cinq sortes : physique (audārika) = cas des hommes et des animaux, transformable ou fluide (vaikriyika) = cas des êtres célestes et infernaux, projetable (āhāraka) = cas de l'émanation spirituelle semblable à un homme de la tête d'un ascète qui doute, lumineux ou électrique (taijāsa) = cas du corps des âmes ordinaires formé de fines molécules de matière électrique) et karmique (kārmana) = cas du corps des âmes ordinaires formé de fines molécules de matière karmique.

37. Les corps sont successivement de plus en plus fins.

38. Jusqu'au corps lumineux, chacun a d'innombrable fois le nombre de points d'espace du corps précédent.

39. Les deux derniers corps (électrique et karmique) ont d'infinies fois les points d'espace du précédent.

40. Les deux derniers corps sont sans obstacle (ils peuvent pénétrer et aller jusqu'aux confins de l'univers).

41. Les deux derniers corps sont associés à l'âme depuis toujours.

42. Les deux derniers corps sont associés à toutes les âmes qui transmigrent.

43. Une même âme peut avoir eu simultanément jusqu'à quatre corps, en commençant par les corps (lumineux et karmique), puisqu'elle peut avoir, à un certain moment, soit un corps physique soit un corps transformable.

44. Le dernier corps (karmique) n'a pas les moyens de la jouissance (nirupabhoga).

45. Le premier corps (physique) naît de façon utérine ou par génération spontanée.

46. Le corps transformable apparaît par naissance dans des lits spéciaux.

47. L'atteinte par une austérité spéciale est aussi la cause de l'origine du corps transformable.

48. Le corps lumineux est aussi causé par atteinte.

49. Le corps projetable, qui est favorable, pur, et sans obstacle, apparaît seulement chez l'ascète à la sixième étape du développement spirituel, pour dissiper ses doutes.

50. Les êtres infernaux et ceux qui naissent de façon spontanée sont de sexe neutre.

51. Les êtres célestes (deva et devī) ne sont pas de sexe neutre.

52. Les autres âmes qui transmigrent peuvent avoir l'un des trois sexes (masculin, féminin ou neutre).

53. La durée de vie des êtres vivants nés dans des lits spéciaux, de ceux avec des corps absolument supérieurs et de ceux avec d'innombrables années, ne peut pas être abrégée (à la différence des humains, par exemple, dont la vie peut être abrégée par accident, suicide, maladie, etc.).

Résumé de ce chapitre

La nature de l'âme

Les activités de la pensée d'un être vivant sont guidées par : la réduction (la diminution) du karma, la destruction du karma, la destruction avec réduction du karma, la fructification du karma, la nature propre de l'âme.
La caractéristique qui distingue l'âme c'est la conscience

La classification des âmes

Les deux sortes d'âmes sont : les âmes dans le monde et les âmes libérées. Les deux sortes d'âmes dans le monde sont avec ou sans esprit. Une autre classification des âmes dans le monde c'est les âmes mobiles et les âmes immobiles.
Les êtres vivants immobiles sont de cinq sortes : incorporés dans la terre, incorporés dans l'eau, incorporés dans le feu, incorporés dans l'air et incorporés dans les végétaux.

Les sens

Les êtres vivants immobiles ont seulement le sens du toucher. Les êtres vivants mobiles ont deux sens ou plus. Les vers, les fourmis, les abeilles et les humains ont un sens de plus que ceux qui les précèdent. Il y a cinq sens qui sont : le toucher, le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe. La forme et l'instrument matériels constituent les sens physiques. La capacité de la cognition sensorielle et la conscience constituent les sens abstraits.

Les êtres vivants et les corps

Les êtres vivants qui ont un esprit sont des penseurs.
Au cours du transit d'un corps à un autre, une âme dans le monde est guidée par le karma. Les corps des êtres vivants sont faits de cinq composants : le corps physique, le corps fluide, le corps projetable, le corps de splendeur (énergique), et le corps karmique. Les composants des corps ci-dessus sont successivement de plus en plus fins. Les corps de splendeur et karmique sont sans empêchement. L'association de l'âme à ces deux composants des corps est sans commencement. Toutes les âmes dans le monde ont ces deux composants des corps. En plus des corps de splendeur et karmique, un être vivant peut avoir simultanément jusqu'à quatre composants des corps.

Chapitre 3
Le monde inférieur et le monde médian

1. Le monde inférieur (adho loka) comprend sept terres infernales, à savoir : Ratnaprabhā, Sharkarāprabhā, Balukāprabhā, Pankaprabhā, Dhūmaprabhā, Tamahprabhā et Mahātamahprabhā, l'une sous l'autre, entourées de trois sortes d'air et d'espace.

2. Dans ces terres, il y a respectivement trente lakh, vingt-cinq lakh, quinze lakh, dix lakh, trois lakh, un lakh moins cinq, et cinq demeures infernales. (1 lakh = 100.000).

3. La couleur de la pensée, l'activité de la pensée, le corps, la souffrance et la forme du corps sont sans cesse de plus en plus défavorables dans la succession des êtres infernaux de la première à la septième terre infernale.

4. Les êtres infernaux (narakā) se causent mutuellement de la douleur et de la souffrance.

5. La douleur est aussi causée par des asura-kumāra malveillants, avant la quatrième terre, par exemple, de la première à la troisième.

6. La durée de vie maximum des êtres infernaux de la première à la septième terre infernale est respectivement de un, trois, sept, dix, dix-sept, vingt-deux et trente-trois « sāgara ».

7. Jambūdvīpa, etc. et Lavana, etc. sont respectivement les noms favorables des continents et des océans du monde médian (madhya loka).

8. Chaque continent est entouré par un océan et chaque océan par un continent. Chaque continent et chaque océan est circulaire et a un diamètre double de l'océan ou du continent qui le précède immédiatement.

9. Le continent Jambūdvīpa, qui est rond et qui a cent mille «  yojana » de diamètre, est au centre de ces océans et de ces continents. Le Mont Meru est au centre de ce continent comme le nombril dans le corps. (1 yojana = 48.000 pieds = 9.09 miles).

10. Bharata, Haimavata, Hari, Videha, Ramyaka, Hairanyavata et Airāvata sont les sept régions (kshettra) de Jambūdvīpa.

11. Les chaînes de montagnes Himavan, Mahāhimavan, Nishadha, Nīla, Rukmi et Shikhari divisent ces sept régions, d'est en ouest.

12. Les couleurs de ces six montagnes sont respectivement dorée comme l'or, blanche comme l'argent, rouge comme l'or en fusion, bleue comme le cou d'un paon, blanche comme l'argent et dorée comme l'or.

13. Ces montagnes sont d'égale largeur à la base, au milieu et au sommet, et leurs flancs sont constellés de pierres précieuses variées.

14. Padma, Mahāpadma, Tigiñchha, Kesari, Mahāpundarīka et Pundarīka sont respectivement les lacs au sommet de ces montagnes.

15. Padma, le premier lac, a 1.000 « yojana » de long et 500 « yojana » de large.

16. La profondeur du premier lac est de 10 « yojana ».

17. Au milieu de ce premier lac, il y a une île semblable à un lotus de la taille de un « yojana ».

18. La dimension du lac Mahāpadma et du lotus qui est dedans est du double de celle du lac Padma. De même, la dimension du lac Tigiñchha et du lotus est du double de celle du lac Mahāpadma. Kesari, Mahāpundarīka et Pundarīka sont semblables respectivement à Tigānchha, Mahāpadma et Padma.

19. Les déesses (devī) Srī, Hrī, Dhriti, Kīrti, Buddhi et Laksmī respectivement vivent dans ces îles avec les dieux Sāmānika et Parishada. La durée de vie de ces déesses est de un « palya ».

20. Le Gangā et le Sindhu, le Rohit et le Rohitāsyā, le Harit et le Harikanta, le Sītā et le Sītodā, le Nārī, et le Narakāntā, le Suvarnakūlā et le Rūpyakūlā, le Raktā et le Raktodā sont les sept paires de deux rivières qui coulent chacune dans ces sept régions.

21. La première de chaque paire de ces rivières coule vers l'est et se jette dans l'océan oriental.

22. Les autres sont des rivières occidentales qui tombent dans l'océan occidental.

23. Le Gangā et le Sindhu (la première paire de rivières) ont chacun 14.000 affluents. Le nombre d'affluents double pour chaque paire suivante jusqu'aux Sītā-Sītodā et se réduit ensuite de moitié pour chaque paire suivante.

24. Bharata (l'Inde) a une largeur de 526 6/19 « yojana ».

25. La largeur des montagnes et des régions est le double des précédentes jusqu'à Videha.

26. Les montagnes et les régions du nord sont égales à celles du sud (dans l'ordre inverse).

27. L'éon de la régénérescence (utsarpini) et l'éon de la dégénérescence (avasarpini) ont chacun six périodes distinctes durant lesquelles les humains des régions de Bharata et d'Airāvata connaissent respectivement l'amélioration et le déclin de leur âge, de leur corps et des matériaux pour leur usage.

28. Les régions autres que Bharata et Airāvata sont stables et ne connaissent pas de changement de périodes.

29. La durée de vie des êtres humains dans Haimavata, Hari et Devakuru (un lieu au sud de Sumeru) est respectivement de 1, 2 et 3 « palya» ; la hauteur du corps est de 2000, 4000 et 6000 « dhanush » respectivement. (1000 « danush » sont égaux à 1 mile). Ils s'alimentent respectivement après un, deux et trois jours ; la couleur de leur corps est respectivement bleue, blanche et dorée. Ces états reflètent respectivement la troisième, la deuxième et la première périodes de l'éon de la dégénérescence (avasarpini).

30. La situation est la même au nord.

31. Au Videha, la durée de vie est dénombrable, allant de soixante-dix « lakh » cinquante six mille « crores » d'années (1 crore = 10 millions) à un peu moins de quarante-huit minutes et même à un instant, la hauteur du corps est de 500 « dhanush » et ils s'alimentent quotidiennement. Ces situations correspondent à la troisième période de dégénérescence.

32. La largeur de Bharata est la cent quatre vingt dixième partie de celle de Jambūdvīpa.

33. Dans les régions du Dhatakikhanda, les montagnes, les lacs, les rivières, etc. sont le double qu'à Jambūdvīpa.

34. Pushkaravaradvīpa est divisé en deux moitiés par la montagne Mānushottara. La moitié de Pushkaravaradvīpa vers Dhatakikhanda a aussi des régions, des montagnes, des lacs et des rivières, etc. qui sont le double de ceux de Jambūdvīpa.

35. Il y a des êtres humains jusqu'à Mānushottara car les êtres humains ne peuvent pas aller au-delà de cette montagne.

36. Les êtres humains sont de deux sortes : les civilisés (ārya) et les barbares (mlechcha).

37. Bharata, Airāvatā et Videha exceptés Devakurū et Uttarakurū sont les régions du labeur (karmabhūmi).

38. Le maximum et le minimum de périodes de vie des êtres humains sont de 3 « palya » et de 1 « antarmuhūrtā ».

39. Ce sont les mêmes pour les animaux.

Résumé de ce chapitre

Le monde inférieur avec les êtres infernaux, le nombre de lieux de résidence des êtres infernaux dans les différents territoires. La coloration de l'âme (leshyā), la transformation physique (parimana) et la durée de vie des êtres infernaux.
Le monde médian, avec ses continents, ses océans, etc. Un exposé sur une portion du monde médian. Les continents et les océans avec leur diamètre, leur arrangement, leur forme. Jambūdvīpa et un exposé de ses régions et de ses montagnes principales. Le continent Dhatkikhanda et la demi-moitié intérieure du continent Puskara. Le siège de la race humaine et ses sortes. Les « karmabhūmi ». La durée de vie des êtres humains et des animaux.

Chapitre 4
Les êtres célestes

1. Les êtres célestes (devā et devī) sont de quatre ordres, à savoir : les Résidentiels (Bhavanavāsi), les Péripatétiques (Vyantara), les Stellaires (Jyotishika) et les Célestes (Vaimānika).

2. La coloration de la pensée (leshyā) des trois premiers ordres d'êtres célestes est noire, bleue, grise et jaune.

3. Les Résidentiels, les Péripatétiques, les Stellaires et les Célestes sont respectivement de 10, 8, 5 et 12 classes respectivement.

4. Il y a 10 grades dans chacune de ces classes d'êtres respectivement, à savoir : le Seigneur (Indra), son égal (excepté pour l'autorité et la prospérité), le ministre, le conseiller, les gardes du corps, la police, l'armée, les citoyens, les serviteurs et les subalternes.

5. Les dieux Péripatétiques et Stellaires sont sans ministre et sans police.

6. Les lieux des Résidentiels et des Péripatétiques dans le ciel ont deux Seigneurs (chacun).

7. Les dieux Résidentiels, Péripatétiques et Stellaires et ceux dans Saudharma et Aishāna (les deux premiers cieux) ont un corps sexué, comme les humains et les animaux.

8. Les êtres célestes des quatorze cieux suivants ont le plaisir sexuel par le toucher, la vue, le son (les chants), et la pensée de ceux du sexe opposé.

9. Les êtres célestes qui résident au-delà du seizième ciel sont dépourvus de désir sexuel.

10. Les dieux Résidentiels comprennent les Asura Kumāra, les Nāgā Kumāra, les Vidyuta Kumāra, les Suparna Kumāra, les Agni Kumāra, les Vāta Kumāra, les Stanita Kumāra, les Udadhi Kumāra, les Dvīpa Kumāra et les Dik Kumāra.

11. Les dieux Péripatétiques comprennent les classes de Kinnara, Kimpurusha, Mahoraga, Gandharva, Yaksha, Rākshasa, Bhūta et Pishācha.

12. Les dieux Stellaires (lumineux) comprennent le soleil (Sūrya), la lune (Candra), les planètes (Graha), les constellations (Nakshatra) et les étoiles éparses (Prakirnaka Tāraka).

13. Dans les régions humaines (Jambūdvīpa et l'océan Lavana, Dhatakikhanda dvīpa et l'océan Kalodadhi, et à l'intérieur de la moitié de Pushkardvīpa), les dieux Stellaires se caractérisent par un mouvement incessant autour du Mont Méru.

14. Les divisions du temps en heure, minute, jour et nuit sont causées par ces dieux Stellaires.

15. En dehors des régions humaines, les dieux Stellaires restent stationnaires (fixes).

16. Les dieux Célestes (Vaimānikā) sont la quatrième classe des êtres célestes.

17. Les Vaimānikā sont de deux sortes : ceux nés dans les seize cieux ou Kalpopapanna et ceux nés au-delà ou Kalpātīta.

18. Les lieux d'habitat des différentes classes de dieux Célestes sont situés l'un au-dessus de l'autre.

19. Au-dessus de ces 16 cieux, il y a : 9 cieux Graiveyaka, 9 cieux Anudisha, et 5 cieux Anuttara. Les seize cieux sont : Saudharma, Aishāna, Sānatkumāra, Māhendra, Brahma, Brahmottara, Lāntava, Kāpishta, Shukra, Mahāshukra, Shatāra, Sahasrāra, Ānata, Prānata, Ārana et Achyuta. Les neuf Graiveyaka sont : Sudarshana, Amogha, Suprabuddha, Yashodara, Subhadra, Suvishāla, Sumanas, Saumanas et Prītikara. Les neuf Anudisha sont : Aditya, Archi, Archimalini, Vaira, Vairochana, Saum, Saumrupa, Arka et Sphatika. Les cinq Anuttara sont : Vijaya, Vaijayanta, Jayanta, Aparājita et Sarvārthasiddhi.

20. La durée de vie (sthiti), l'influence du pouvoir (prabhava), le bonheur (sukha), la luminosité du corps (dyutti), la pureté de la pensée (leshyā visuddhi), la capacité des sens et le niveau de clairvoyance (avadhi) vont en augmentant à mesure que l'on va des cieux très bas aux cieux très hauts.

21. Mais ils diminuent concernant le mouvement, la stature, l'attachement et la fierté.

22. La coloration de la pensée (leshyā) des êtres célestes dans les quatre premiers cieux est jaune, de cinq à dix elle est grise, de onze à seize elle est blanche et super blanche dans les Graiveyaka, Anudisha et Anuttara.

23. Seize cieux sont appelés Kalpa et le reste Kalpatita. Ceux qui vivent dans Kalpatita sont appelés Ahamindra et ils sont d'égale grandeur.

24. Le cinquième ciel, par exemple, Brahmaloka est la demeure des Laukāntika qui renaissent comme êtres humains puis atteignent la libération.

25. Les Laukāntika sont de huit classes : Sarāsvata, Āditya, Vahni, Aruna, Gardatoya, Tushita, Avyābādha et Arishta.

26. Les Ahimindra dans Vijaya, Vaijayanta, Jayanta et Aparājita renaissent deux fois comme êtres humains avant d'atteindre leur libération, tandis que ceux de Sarvārthasiddhi renaissent une fois comme êtres humains avant d'être libérés.

27. Les êtres autres que célestes, infernaux et humains sont les animaux.

28. La durée de vie maximum des Asura Kumāra est de un « sāgara », des Nāga Kumāra de trois « palya », des Suparna Kumāra de deux et demi « palya », des Dvīpa Kumāra de deux « palya » et celle du reste des dieux Résidentiels est de un et demi « palya  ».

29. La durée de vie maximum des êtres célestes est la même dans les deux Kalpa. Dans la première paire de Saudharma et d'Aishāna Kalpa la durée de vie maximum est d'un peu plus de deux « sāgara ».

30. Dans la seconde paire de Sanatkumāra et Mahendra la durée de vie maximum des êtes célestes est de sept « sāgara ».

31. La durée de vie maximum des êtres célestes dans six paires de Kalpa dépasse celle de sept « sāgara » et dans la seconde paire de Kalpa de trois, sept, neuf, onze, treize et quinze « sāgara » respectivement. Ainsi, la durée de vie maximum dans la huitième paire de Kalpa est de 22 « sāgara ».

32. Au-dessus d'Ārana et d'Achyuta, la dernière paire de Kalpa, la durée de vie maximum dans chacun des neuf Graiveyaka augmente d'un « sāgara », le dernier Graiveyaka ayant 31 « sāgara ». La durée de vie maximum des êtres célestes dans les neuf Anudisha est de 32 « sāgaras» et dans les cinq Anuttara de 33 « sāgara ». La durée de vie des êtres célestes dans Sarvārthsiddhi est fixée à 33 « sāgara ».

33. La durée de vie minimum des êtres célestes dans la première paire de Kalpa est un peu plus de un « palya ».

34. La durée de vie maximum des êtres célestes dans la paire de Kalpa immédiatement précédente est le minimum de celle des êtres célestes de la paire de Kalpa suivante. De même, la durée de vie minimum est de 22 «  sāgara » dans le premier Graiveyaka et elle augmente de 30 «  sāgara » dans le dernier Graiveyaka, de 31 « sāgara » dans les neuf Anudisha et de 32 « sāgara » dans les Anuttara, sauf dans Sarvārthasiddhi.

35. A partir de la seconde région infernale, la durée de vie minimum des êtres infernaux dans une région est la même que la durée de vie maximum dans la région infernale précédente.

36. La durée de vie minimum des êtres infernaux dans la première région est de dix mille ans.

37. Dans les régions Résidentielles aussi la durée minimum des dieux Résidentiels est de dix mille ans.

38. Les êtres Péripatétiques ont aussi une durée de vie minimum de dix mille ans.

39. La durée de vie maximum des dieux Péripatétiques est d'un peu plus d'un « palya ».

40. La durée de vie maximum des dieux Stellaires est aussi d'un peu plus de un « palya ».

41. La durée de vie minimum des dieux Stellaires est d'un huitième de « palya ».

42. La durée de vie est de huit « sāgara » pour tous les Laukāntika.

Résumé de ce chapitre

Les variétés de dieux, la leshyā ou coloration de l'âme appropriée au troisième « nikaya », les sous-types des quatre « nikaya », une classification interne des quatre « nikaya » de dieux, la règle concernant le nombre d'Indras la situation du « leshyā » dans les deux premiers « nikaya », un exposé du plaisir sexuel chez les dieux, un exposé sur les types sus-mentionnés des quatre « nikaya » de dieux, les dix sortes de « Bhavanavāsi », les sortes et sous catégories de Vyantara, les cinq sortes de Jyotiska, les Jyotiska mobiles, la division du temps, les Jyotiska statiques, les dieux Vaimānika, la supériorité et l'infériorité des dieux par rapport à certaines matières. La durée de vie, l'efficacité, le plaisir et le rayonnement, la pureté de la coloration de l'âme, l'objet de la cognition clairvoyante, le mouvement, le corps, l'appropriation, l'arrogance, la respiration, la nourriture, le sentiment, l'habileté pour naître, la nature inhérente au « loka, les règles des « leshyā » chez les «  Vaimanika », l'énumération des « Kalpa », un exposé sur les dieux Laukāntika, la particularité des dieux résidant dans « Anuttara Vimana », la nature des animaux, un « adhikara-Sūtra », la durée de vie maximum des « Bhavanavāsi», la durée de vie maximum des « Vaimanika », la durée de vie minimum des êtres infernaux, la durée de vie minimum des « Bhavanavāsīs», la durée de vie des «  Vyantara », la durée de vie des « Jyotiska» et des « Laukāntika ».

Chapitre 5
Les entités inanimées

1. Les entités dénuées de vie (ajīva) sont : le moyen du mouvement (dharma) , le moyen du repos (ādharma), l'espace (akāsha), la matière (pudgala) et le temps (kāla).

2. Ces entités sont des substances (dravya).

3. Les âmes (jīva) sont des choses vivantes et aussi des substances. Ainsi, il y a six substances : les choses vivantes (les âmes), le moyen du mouvement, le moyen du repos, l'espace, la matière et le temps.

4. Ces substances sont éternelles, indestructibles, fixées en nombre (six) et, à l'exception de la matière, n'ont pas de forme.

5. La matière a du goût, de l'odeur, de la couleur et du toucher et, aussi, une forme.

6. Le moyen du mouvement, le moyen du repos et l'espace ont chacun une extension continue pour ce qui est des substances, mais pour ce qui est du lieu, du temps et de la pensée, chaque substance est innombrable et infinie.

7. Ces trois (le moyen du mouvement, le moyen du repos et l'espace) sont aussi sans activité puisque ces substances sont répandues dans tout l'univers.

8. Il y a d'innombrables points d'espace (pradesha) dans le moyen du mouvement, dans le moyen du repos et dans chaque âme individuelle. Un point d'espace est l'espace occupé par une particule élémentaire de matière.

9. Les points d'espace dans l'espace sont infinis, mais ils sont innombrables dans l'univers.

10. La matière a des points d'espace dénombrables, innombrables et infinis.

11. L'unité élémentaire de matière est extrêmement petite, indivisible et occupe un point d'espace.

12. Ces substances - les moyens du mouvement et du repos, le temps, les âmes et la matière sont situés dans l'espace de l'univers (lokākāsha). Ce qui est extérieur à l'univers n'a pas d'autre substance que l'espace.

13. Les moyens du mouvement et du repos se répandent dans l'espace-univers entier et coexistent sans interférence.

14. La matière occupe dans l'espace de un à d'innombrables points d'espace.

15. L'âme occupe de un à d'innombrables points d'espace dans l'espace-univers.

16. Les points d'espace d'une âme peuvent changer par contraction et expansion comme c'est le cas d'une lampe  dont la lumière se répand et remplit l'espace disponible autour d'elle - un petit lieu ou une salle immense.

17. Les fonctions des moyens du mouvement et du repos sont d'aider respectivement le mouvement et le repos de l'âme et de la matière.

18. La fonction de l'espace est de fournir le logement à toutes les substances.

19. La fonction de la matière est de former la base des corps, des organes de la parole, de l'esprit et de la respiration.

20. La fonction de la matière est aussi de contribuer au plaisir des sens, à la souffrance, à la vie et à la mort des êtres vivants.

21. La fonction des âmes est de s'aider mutuellement (parasparopagraho jīvānām).

22. La fonction du temps est d'aider les substances dans leur continuité à être (à travers leurs changements graduels),  dans leurs modifications, dans leurs actions et dans leur longue ou courte durée.

23. Les formes de la matière sont caractérisées par le toucher, le goût, l'odeur et la couleur.

24. Le son (sabdha), l'union (bandha), la finesse (sauksimya), la grosseur (sthaulya), la forme (sansthāna), la division (bheda), l'obscurité (tama), l'image (chhaya), la lumière chaude du soleil (ātapa) et la lumière fraîche de la lune (udyota), caractérisent aussi les formes de la matière.

25. La particule élémentaire (anava) et la molécule (skandha), qui comprend un nombre de particules élémentaires sous une identité unifiée, sont les deux importantes divisions de la matière.

26. Les molécules sont formés par division, par fusion, et par mélange de division et de fusion.

27. La particule élémentaire est produite seulement par division de la molécule.

28. La molécule produite par l'action combinée de la division et de la fusion peut être perçue par les yeux.

29. Exister (sat) et rester dans l'existence est la caractéristique de la substance.

30. L'existence d'une substance est caractérisée par l'apparition ou production (utpāda), la disparition ou destruction (vyaya) et la permanence (drauvya).

31. La permanence est l'indestructibilité de la nature essentielle (qualité) de la substance.

32. Les caractéristiques contradictoires d'une substance sont établies de différents points de vue.

33. La combinaison de particules élémentaires de matière a lieu en vertu des propriétés collantes et rugueuses qui leur sont associées.

34. Il n'y a pas de combinaison entre les particules élémentaires ayant seulement le degré le plus bas de ces deux propriétés, et  les autres particules élémentaires (pour former une molécule).

35. Il n'y a pas de combinaison entre les particules élémentaires ayant des degrés égaux des mêmes propriétés.

36. Mais il y a union entre particules élémentaires ayant des degrés différents de propriétés.

37. Dans le procédé de combinaison, la particule élémentaire qui a les plus hauts degrés (de propriétés) transforme celle qui a les plus bas.

38. La substance a des qualités et des modifications.

39. Le temps (kāla) est aussi une substance.

40. Il (le temps conventionnel) comprend des instants infinis. Un instant (samāya) est le temps pris par la plus petite particule de matière pour aller d'un point d'espace  au point d'espace adjacent.

41. Celles qui ont la substance comme substrat et qui ne sont pas elles-mêmes le substrat d'autres attributs sont les qualités (gunā).

42. La modification (parināma) d'une substance est la continuité de sa nature à travers le changement.

Résumé de ce chapitre

La définition et la caractéristique d'une entité, son existence qui comporte l'apparition de nouvelles formes, la destruction de formes anciennes, la permanence. La permanence implique l'indestructibilité des qualités intrinsèques. Une entité possède des qualités et des modifications. Les entités dans l'univers. Les entités inanimées comprennent le moyen du mouvement, le moyen du repos, l'espace, la matière. L'âme est aussi une entité.

Les entités sont éternelles (indestructibles) et elles ne peuvent pas être transformées en une autre. Elles ne peuvent pas être détectées par les sens, excepté la matière. La matière peut être détectée par les sens parce qu'elle a le toucher, le goût, l'odeur et la couleur

Le moyen du mouvement, le moyen du repos et l'espace  sont chacun un seul continuum et sont immobiles. Le moyen du mouvement, le moyen du repos et chaque âme ont des points d'espace innombrables. L'espace a des points infinis. Les morceaux de matière ont des particules élémentaires dénombrables et innombrables. Une particule élémentaire de matière occupe un point d'espace. Toutes les entités habitent l'espace physique. Une âme peut occuper un point d'espace ou plus. En fonction du volume disponible (du corps) une âme se répand ou se contracte et remplit le corps tout entier comme le fait la lumière d'une lampe.

Description de la matière

La matière possède le toucher, le goût, l'odeur et la couleur. La matière inclut le son, la chaleur, la lumière, l'obscurité et les images. Les morceaux de matière subissent la fusion et la désintégration. Ils sont petits ou gros. La matière est constituée de particules élémentaires indivisibles et de leurs agrégats (les molécules).

Les fonctions des entités

Le moyen du mouvement et le moyen du repos  aident respectivement le mouvement et le repos des objets inanimés. La fonction de l'espace est de loger toutes les entités de l'univers. Différentes sortes de substances matérielles  forment la base des corps, de la parole, de l'esprit et de la respiration des êtres vivants. Elles sont aussi responsables du plaisir des sens et de la souffrance, de la vie et de la mort. La fonction des âmes dans le monde est de s'aider mutuellement. La fonction de la sixième entité, le temps, est d'aider l'existence, les modifications et l'activité des autres entités et leur importance élevée ou basse.

Chapitre 6
L'afflux de la matière karmique

1. L'action du corps, de l'organe de la parole et de l'esprit est appelée « activité » (yoga).

2. Ces trois sortes de « yoga » causent une vibration dans les points d'espace de l'âme qui provoquent l'afflux (āsrava), c-à-d, l'invasion de matière karmique.

3. L'invasion est de deux sortes : la bonne (shubha) et la mauvaise (ashubha), causée respectivement par le « yoga » vertueux et le « yoga » mauvais. L'invasion des bons karma aide à purifier l'âme tandis que celle des mauvais l'éloigne de la purification.

4. Il y a deux sortes d'invasion, à savoir : celle causée chez les personnes qui ont des passions ce qui allonge leur transmigration (sāmparāyika) , et celle causée chez les personnes sans passions ce qui évite ou raccourcit leur transmigration (iryapatha).

5. Les subdivisions de l'invasion « samparayika » sont : les cinq sens (le toucher, le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe), les quatre passions (la colère, l'orgueil, la tromperie et l'avidité), la non observance des cinq vœux (de ne pas tuer, de ne pas dire de mensonges, de ne pas voler, d'être chaste et de ne pas manifester de l'attachement) et les vingt-cinq activités suivantes :

  1. Ne pas faire des actions qui renforcent le foi juste, telles que la vénération des Tirthankara, des vrais précepteurs et la lecture des vraies écritures sacrées, etc. (samayaktva-kriyā),
  2. Vénérer de fausses divinités, un faux précepteur, lire de fausses écritures, etc. (mithyātva-kriyā),
  3. Aller et venir (prayoga-kriyā),
  4. Négliger les vœux (samādāna-kriyā),
  5. Ne pas marcher doucement en regardant le sol et écraser des petits êtres vivants (iryāpatha-kriyā),
  6. Blâmer les autres avec colère (prādoshiki-kriyā),
  7. Agir de façon mauvaise (kāyikī-kriyā),
  8. Avoir des armes et des munitions (adhikaranikī-kriyā),
  9. Faire souffrir des êtres vivants (pāritapiki-kriyā),
  10. Diminuer le plaisir de la vie, des sens, de l'énergie et de la respiration (prānātipātikī-kriyā),
  11. Manifester de l'infatuation pour voir de belles formes (darshana-kriyā),
  12. Avoir la sensation de plaisir du toucher due à la passion pour le sexe (sparshana-kriyā),
  13. Faire des équipements utiles à la violence (prātyayikī-kriyā),
  14. Déféquer et uriner à des endroits où des animaux et des humains vont, viennent, s'assoient, etc. (samantāpātana-kriyā),
  15. Poser des choses sur le sol ou s'allonger ou s'asseoir sur le sol sans regarder celui-ci (anābhoga-kriyā),
  16. Faire un travail à faire par d'autres en raison de l'avidité (svahasta-kriyā),
  17. Approuver ou apprécier des activités violentes ou incorrectes (nisarga-kriyā),
  18. Proclamer les péchés des autres (vidārana-kriyā),
  19. Mal interpréter les commandements figurant dans les écritures (ajña-vyāpādiki-kriyā),
  20. Etre indifférent aux injonctions faites dans les écritures (anāñkāksi-kriyā),
  21. Eprouver du plaisir ou de l'indifférence à percer, couper, abattre, etc. des êtres vivants (prārambha-kriyā),
  22. Conserver de l'attachement pour les choses du monde (prāyigrāhikī-kriyā),
  23. Avoir des pratiques trompeuses concernant la connaissance, la foi, la conduite, etc. (māyā-kriyā),
  24. Confirmer une connaissance mauvaise en louant la mauvaise croyance d'une autre personne (mithyā-darshana-kriyā),
  25. Ne pas renoncer à ce à quoi il faut renoncer (apratyākhyāna-kriyā).

6. L'afflux est différencié suivant l'intensité ou la faiblesse de l'activité de la pensée, la nature intentionnelle ou non de l'action, son substrat et sa puissance particulière.

7. Le vivant et le non-vivant constituent les substrats.

8. Le substrat du vivant est de 108 sortes constituées de trois niveaux (décider de faire, faire des arrangements et commencer à faire) multipliés par les trois « yoga » (de la pensée, de la parole et du corps) multipliés par trois moyens (faire soi-même, faire faire par d'autres ou approuver ceux qui font) et multipliés par les quatre passions (la colère, l'orgueil, la tromperie et l'avidité).

9. Le substrat du non-vivant pour l'afflux du karma est de onze sortes : deux sortes de production ou de réalisation (du corps, de la parole, de la pensée et de la  respiration), quatre sortes de pose (sur le sol sans regarder, sans nettoyer, à la hâte et sans soin), deux combinaisons/mélanges (nourriture, boisson et n'importe quelle autre chose) et trois sortes de mouvement ou de conduite (du corps, de la parole et de la pensée pour agir).

10. La dévalorisation de la connaissance, la dissimulation de la connaissance, la non-communication de la connaissance, l'empêchement d'acquérir la connaissance,  le mépris pour la connaissance et le dénigrement pour la vraie connaissance entraînent l'afflux du karma qui obscurcit la connaissance (jñānāvarana karma).

11. La souffrance, le chagrin, l'angoisse, le préjudice, et la lamentation sur soi, sur les autres ou sur les deux, entraînent l'afflux du karma qui cause la sensation désagréable (asāta vedaniya karma).

12. La compassion envers les êtres vivants en général et les pieux en particulier, la charité, l'ascétisme avec de l'attachement, le contrôle avec l'absence de contrôle, la dissociation des karma sans effort, les austérités non basées sur la connaissance juste, la méditation, l'équanimité, l'exemption d'avidité, entraînent l'afflux du karma qui cause la sensation agréable (sātā vedanīya karma).

13. L'attribution de fautes à l'omniscient, aux écritures, à la congrégation des ascètes, à la vraie religion et aux êtres célestes, entraînent l'afflux du karma qui fausse la foi (darshanā mohanīya karma).

14. Les sentiments intenses provoqués par la montée des passions entraînent l'afflux du karma qui fausse la conduite (cāritra mohanīya karma).

15. L'action d'infliger des blessures et de la souffrance excessives (du fait des travaux domestiques), et l'attachement excessif, entraînent l'afflux du karma qui mène à la vie dans les régions infernales (nārakāyu karma).

16. La fausseté entraîne l'afflux du karma de la vie qui conduit à la vie d'animal, dans le monde et immobile (tiryagyoni karma).

17. L'action d'infliger des blessures et des souffrances légères (du fait des travaux domestiques) et de manifester un attachement léger entraînent l'afflux du karma de la vie qui conduit à la vie humaine (manushyāyu karma).

18. L'humilité naturelle conduit au même afflux.

19. La non-observance des vœux ou l'observance partielle des vœux, avec un léger attachement, entraîne le karma de la vie (āyu karma) qui conduit à une naissance parmi les quatre sortes d'êtres (conditions d'existence).

20. Le contrôle de soi avec un léger attachement, le contrôle de soi partiel, la soumission à la fructification des karma et les austérités non basées sur la connaissance juste entraînent l'afflux du karma de la vie qui aboutit à la naissance comme être céleste (deva nāma karma).

21. La foi juste est la cause de l'afflux du karma de la vie qui entraîne la naissance céleste dans les cieux.

22. Les actions douteuses et trompeuses de la pensée, de la parole et du corps, la critique des bonnes actions et la provocation aux mauvaises actions entraînent l'afflux du karma qui rend l'aspect physique désagréable (ashubha nāma karma).

23. Les contraires de ceux-ci (à savoir l'activité droite et honnête) entraînent l'afflux du karma qui rend l'aspect physique agréable (shubha nāma karma).

24. L'afflux du karma de l'état de Tīrthankara (Tīrthankaratva karma) est causé par les seize observances suivantes : la pureté de la foi juste, le respect, l'observance des vœux ordinaires et supplémentaires sans transgression, l'incessante poursuite de la connaissance, la peur constante du cycle de l'existence, les dons (charité),  la pratique des austérités selon ses capacités, la suppression des obstacles qui menacent l'équanimité des ascètes, le service de ceux qui ont l'esprit religieux en écartant le mal et la souffrance, la dévotion aux seigneurs omniscients, aux chefs précepteurs, aux précepteurs et aux écritures, la pratique des six devoirs quotidiens essentiels (vénération de l'omniscient, dévotion au précepteur, étude des écritures, contrôle de soi, austérité et charité), propagation des enseignements de l'omniscient et affection fervente envers les frères qui suivent la voie de la libération.

25. Censurer les autres et se louer soi-même, cacher les bonnes qualités présentes chez les autres, et proclamer de nobles qualités absentes chez soi, causent l'afflux du karma qui conduit à un statut inférieur (nichairgotra karma).

26. Les contraires des choses mentionnées dans le sūtra précédent, l'humilité et la modestie, causent l'afflux do karma qui détermine un statut élevé (chottara karma).

27. Mettre un obstacle à la charité, aux gains, à la consommation, et au pouvoir des autres, est la cause de l'afflux des karma obstructifs (antaraya karma).

Résumé de ce chapitre

Yoga et afflux karmique

L'activité du corps, de la parole et de l'esprit est appelée « yoga ». Le « yoga » est la cause de l'afflux de particules karmiques dans l'âme de l'individu. Le « yoga » méritoire provoque l'afflux du bon karma et le « yoga » déméritoire l'afflux du mauvais karma. Les êtres vivants qui ont des passions obtiennent l'afflux de particules karmiques durables du monde, alors que les autres ont l'afflux de particules karmiques temporaires. L'afflux de particules karmiques du monde résulte de : l'activité des cinq sens, des quatre passions (colère, orgueil, tromperie et avidité), des activités qui comportent la violence, la fausseté et le vol, l'impureté du corps et de l'esprit (manque de chasteté), la possessivité et autres activités semblables.

La différence dans l'afflux de la matière karmique est provoquée par l'intensité ou la bénignité des passions, par la nature intentionnelle ou non intentionnelle de l'acte, par la nature de l'être vivant, par l'environnement et le pouvoir de réaliser l'acte. Les activités du corps, de la parole et de l'esprit des âmes dans le monde, qui sont affectées par les passions de la colère, de l'orgueil, de la tromperie et de la possessivité (cupidité), sont à la base de l'afflux de particules karmiques. Cet afflux se produit lorsque l'individu décide de se laisser aller à certaines activités, à se préparer à les réaliser et ou à les provoquer Il y a peu de différence si l'individu réalise l'acte lui-même, le fait réaliser par d'autres ou persuade d'autres de le réaliser.

Causes de l'afflux de quelques karma

L'afflux du karma qui produit un sentiment désagréable est causé par la souffrance, le chagrin, l'angoisse, les cris, la violence, la lamentation sur soi, sur les autres ou sur les deux.

L'afflux du karma qui produit un sentiment agréable est causé par les sentiments de compassion pour tous les êtres vivants, par l'appréciation de ceux qui font les vœux, par la charité, le contrôle de soi pour le bien-être des êtres vivants, l'effacement involontaire des particules karmiques, la bonne conduite sans connaissance juste, l'équanimité et  la non possessivité.

Négliger les principes propagés par l'omniscient, par les écritures, par la religion ou les personnages religieux cause l'afflux du karma qui obscurcit la perception.

Les sentiments et les émotions qui comportent des passions intenses sont la cause du karma qui fausse la conduite.

Les mauvaises activités du corps, de la parole et de l'esprit, et les querelles, sont la cause du karma qui détermine un mauvais physique.

Parler mal des autres, se vanter, dissimuler les vertus des autres, et se flatter de ses propres bonnes qualités, sont la cause du karma qui détermine un statut bas.

Chapitre 7
Le code moral ou éthique

1. S'abstenir de violence (himsā), de mensonge (satya), de vol (steya), de manque de chasteté (abrahma) et d'attachement (parigraha) c'est le quintuple vœu (vrata).

2. Les vœux sont de deux sortes : petits (anuvrata) et grands (mahāvrata), suivant qu'ils sont partiels ou complets (absolus).

3. Pour stabiliser les vœux, il y a cinq observances (bhāvanā) pour chacun d'eux.

4. Le contrôle de la parole (vāggupti), le contrôle de la pensée (manogupti) , l'observation du sol devant soi en marchant (irya), l'attention en prenant et en posant les choses ou les objets (ādāna nikshepa samiti) et l'examen de la nourriture à la lumière du soleil avant de manger et de boire (ālokitapāna bhojana) sont les cinq observances de la non-violence (ahimsā).

5. Le renoncement à la colère (krodha), à la cupidité (lobha), à la lâcheté ou à la crainte (bhiruta), à la frivolité (hāsya) et l'action de dire des paroles en accord avec les écritures (anuvīchi-bhāshana) sont les cinq observances du vœu de vérité (satya).

6. La résidence dans un lieu solitaire, la résidence dans un lieu désert, ne pas causer de gêne à la résidence par d'autres, accepter de la nourriture pure, et ne pas se quereller avec ses frères moines, sont les cinq observances du vœu de ne pas voler (asteya).

7. Renoncer à écouter des histoires qui excitent l'attachement aux femmes, à regarder les beaux corps des femmes, à se souvenir du plaisir sexuel passé, aux délicatesses qui stimulent le désir amoureux, et à l'ornement de son corps, constituent les cinq observances de la chasteté (brahmacarya).

8. Renoncer à l'attachement aux objets agréables aux cinq sens, et à l'aversion pour les objets désagréables aux cinq sens, constituent les cinq observances du non-attachement (aparigraha).

9. Les conséquences de la violence, de la tromperie, du vol, du manque de chasteté et de l'attachement, sont la calamité et la honte dans ce monde et dans la naissance suivante.

10. Ces cinq péchés doivent être regardés et médités comme des causes de souffrance.

11. La bienveillance envers les êtres vivants (maitri), la joie à la vue des vertueux (pramoda), la compassion et la sympathie pour les affligés (kāriunya), et la tolérance (maddhyastha) envers les insolents et ceux qui se conduisent mal, sont les bons sentiments.

12. Pour cultiver la crainte et la souffrance de l'existence dans le monde, et le détachement des plaisirs des sens, on doit méditer sur la nature du monde et sur le corps (physique).

13. La blessure ou violence consiste à faire du mal aux vitalités, par les vibrations dues aux passions qui agitent l'esprit, la parole et le corps (pramattayoga).

14. La fausseté consiste à dire, par vibration passionnelle (pramattayoga), des paroles non recommandables.

15. Prendre, par « pramattayoga », quoique ce soit qui n'est pas donné est du vol.

16. La copulation, par « prammatayoga », est un manque de chasteté.

17. L'engouement est le désir, par « pramattayoga », de l'acquisition, de la sauvegarde et de l'augmentation de possessions externes et internes.

18. Un dévot (celui qui a fait les vœux ou vratī) est une personne exempte : de fausseté, de manque de croyance dans les réalités, et de désir des plaisirs du monde.

19. Les dévots sont de deux sortes : ceux qui vivent dans des habitations (agāra) et ceux qui ont renoncé à l'habitation (anagāra).

20. Celui qui observe les petits vœux, et qui vit dans une habitation, est un maître de maison.

21. Les maîtres de maison dévots suivent aussi trois vœux multiplicateurs : de s'abstenir d'activité concernant les directions (digvrata), le territoire (deshavrata), et de pécher sans raison (anarthadanda-vrata) et quatre vœux de discipline (shikshā vrata) : concernant la méditation périodique (sāmāyika), le jeûne à intervalles réguliers (le huitième et le quatorzième jour de chaque période lunaire de 15 jours (proshadhopavāsa), la limitation de choses consommables et non-consommables (upabhoga-paribhoga-parimāna), et la prise de sa nourriture après avoir nourri un ascète (atithi-samvibhāga).

22. A la fin de leur durée de vie, les maîtres de maisons dévots doivent émacier leur corps et leurs passions internes, en abandonnant progressivement leurs sources à l'approche de la mort. Cela s'appelle le «  sallekhanā ».

23. Le doute (sānkā) dans les enseignements du Jina, le désir (kanksā) de jouissance terrestre, la répugnance ou le dégoût (vichikitshā) des affligés, l'admiration pour la connaissance et la conduite de faux croyants (anyadristiprasānsa) et leur éloge (anyadrishtisanstava) sont les cinq transgressions du bon croyant.

24. Il y a cinq transgressions pour chacun des vœux multiplicateurs et de discipline.

25. Attacher, battre, mutiler les membres, surcharger et refuser de donner à manger et à boire sont les cinq transgressions du vœu de non-violence (ahimsā vrata).

26. Le faux enseignement, la divulgation de ce qui est fait en secret, la falsification, le détournement, et la révélation des pensées des autres, sont les cinq transgressions du vœu de vérité (satya vrata).

27. Pousser d'autres à voler, accepter des biens volés, acquérir dans des conditions illégales, utiliser de faux poids et mesures, et tromper les autres avec des biens frelatés ou imités, sont les cinq transgressions du vœu de ne pas voler (asteya vrata).

28. Arranger le mariage de personnes autres que des membres de sa famille, avoir des rapports avec une femme mariée non chaste, avoir des rapports avec une prostituée, user de pratiques sexuelles perverses, et avoir une passion sexuelle excessive, sont les cinq transgressions du vœu de chasteté (brahmacarya vrata).

29. Dépasser les limites mises par soi-même concernant les maisons, les terres de culture, les richesses, comme l'or et l'argent, le bétail et le blé, les serviteurs, les servantes et les vêtements, sont les cinq transgressions du vœu de non-attachement (aparigraha vrata)

30. Dépasser les limites mises dans les directions à savoir : en dessus, en dessous et horizontalement, élargir les frontières des directions acceptées, et oublier celles définies, constituent les cinq transgressions du petit vœu de limiter ses déplacements (digvrata).

31. Demander à quelqu'un résidant hors du territoire que l'on s'est défini d'apporter quelque chose de là, ordonner à quelqu'un de là de faire quelque chose, manifester ses intentions par des sons, en se montrant ou en lançant quelque chose hors de la limite fixée, sont les cinq transgressions du petit vœu de s'abstenir d'activités au-delà d'un territoire pré-défini par soi-même (deshavarata).

32. Les plaisanteries vulgaires, les plaisanteries vulgaires accompagnées par des gesticulations, le commérage, l'indulgence impensable de trop d'action, la conservation plus que nécessaire d'objets consommables et non-consommables, sont les cinq transgressions du vœu de s'abstenir de pécher inutilement (anarthadandavrata).

33. L'activité mal employée de l'esprit, de la parole et du corps, le manque de sérieux, et la fluctuation de la pensée, sont les cinq transgressions de la concentration de l'esprit (sāmāyika).

34. Excréter, manipuler de la pâte de bois de santal, des fleurs, etc. étendre des tapis et s'asseoir ou dormir dessus sans inspecter et nettoyer l'endroit et les matériels, manquer d'intérêt et de concentration, sont les cinq transgressions du vœu de discipline spirituelle.

35. Prendre des aliments qui contiennent des organismes dotés d'un seul sens (ex : des légumes verts), qui sont placés près d'organismes (vivants) ou mêlés à des organismes (vivants), prendre des stimulants (alcool, drogue, tabac, etc.), et des choses mal cuites, sont les cinq transgressions du vœu de limiter les choses consommables et non-consommables.

36. Placer la nourriture sur des choses avec des organismes, telles que des feuilles vertes, la couvrir avec elles, offrir de la nourriture donnée par d'autres, ou sans respect ou a un moment non approprié, sont les cinq transgressions du vœu de s'alimenter après avoir nourri un ascète.

37. Le désir de vivre, le désir de mourir, le souvenir de l'affection d'amis, le souvenir de plaisirs, et l'envie constante de jouissance, sont les cinq transgressions du vœu de « sallekhanā ».

38. La charité c'est l'action de donner une part de son bien à un autre pour un avantage mutuel.

39. La distinction concernant l'effet d'un don consiste : dans la manière de donner (vidhi), la chose donnée (dravya), la nature du donneur (datri), et la nature du récipiendaire (pātra). Les qualités désirées sont : pour la manière le respect, pour la chose de favoriser les austérités, l'étude, etc., pour le donateur d'être exempt d'envie et de découragement, et pour le récipiendaire les qualités qui mènent au salut.

Résumé de ce chapitre

Les vœux et les observances

Les vœux sont le renoncement à la violence, à la tromperie, au vol, au manque de chasteté et à l'attachement aux possessions. Ils sont de deux sortes : partiels et totaux.

Les cinq observances pour respecter ces vœux sont : pour celui de non-violence, l'attention dans la parole, les pensées, la marche, la prise et la pose d'objets, l'obtention et la préparation de sa nourriture et de sa boisson.
Les cinq observances pour le vœu de sincérité sont : parler suivant les principes de la religion et abandonner la colère, l'avidité, la lâcheté et la frivolité.
Les cinq observances pour le vœu de ne pas voler sont : la résidence dans un lieu solitaire, dans une demeure déserte, de partager sa place et ses possessions, d'accepter une nourriture propre et simple et d'éviter la critique des pairs dans la société.
Les cinq observances du vœu de chasteté sont : de renoncer aux histoires d'attachement au sexe opposé, de voir des corps attirants, de se souvenir d'expériences sexuelles passées, de renoncer aux aphrodisiaques et d'embellir son corps.
Les cinq observances pour le vœu de non-possessivité sont : l'abandon de l'attachement et de l'aversion envers les objets agréables et désagréables des cinq sens, la violence, la tromperie, le vol, le manque de chasteté et la possessivité qui entraînent la calamité et la disgrâce. La conséquence fondamentale de ceux-ci c'est le malheur. Par conséquent, nous devons avoir des sentiments d'amitié pour tous les êtres vivants, de joie pour les vertueux, de compassion pour ceux dans la détresse et d'indifférence pour ceux qui nous maltraitent. Nous devons méditer sur la nature de la réalité pour imprégner notre esprit du non-attachement au monde et du renoncement à ses plaisirs.

Définition de la violence. La violence est définie comme l'obstruction au processus de la vie de soi et des autres par manque de conscience.

Caractéristiques du dévot. Un dévot est au-delà de tout aiguillon ; l'intrigue, l'illusion et le désir de plaisirs matériels futurs sont des aiguillons, parce qu'ils éveillent des sentiments de culpabilité.
Les dévots sont les maîtres de maisons et les ascètes sans toit.
Les maîtres de maisons pratiquent des vœux partiels. Ils pratiquent aussi les vœux suivants :
les trois vœux supplémentaires de limiter leur champ d'activité dans des directions et sur un territoire définis, et de rejeter l'activité inutile,
les quatre vœux de méditer sur l'âme, et sur son rapport avec la nature, de jeûner, de limiter l'utilisation de biens consommables et non-consommables, et de partager leur nourriture avec les hôtes.
Dans les derniers jours de sa vie, le maître de maison observe la mort paisible.

Les transgressions (les défauts de la conduite)

Le scepticisme, le désir, le dégoût, l'estimation, et la louange des gens et des concepts irrationnels, sont les transgressions de la perception rationnelle (juste).
Le prosélytisme erroné, la divulgation de secret d'un autre, la falsification, le détournement et la révélation des intentions des autres, sont les transgressions du vœu de vérité.
L'encouragement à voler, le don de biens volés, la violation ou le contournement des lois, la tricherie dans les poids et mesures, et le don de biens frelatés, sont les transgressions du vœu de ne pas voler.
Le désir de vie, le désir de mort, l'affection pour les parents et les amis, le souvenir de plaisirs, et l'ardent désir de futurs plaisirs du monde, sont les transgressions de la mort paisible.

La charité

La charité consiste à donner son bien pour un profit mutuel.
La charité se distingue : suivant la façon de donner, la chose donnée, le donateur et le bénéficiaire.

Chapitre 8
L'asservissement du karma

1. La croyance fausse (mithyādarshāna), l'attachement ou le non renoncement (avirati), la négligence (pramāda), les passions (kashāya) et les activités du corps, de la pensée et de la parole (yoga) sont les causes de l'asservissement (bandha).

2. Du fait de la croyance fausse, des passions, etc. le soi (l'âme) attire de la matière très fine qui se répand dans les points d'espace occupés par le soi et qui se transforme en matière karmique, c'est ce qui est appelé l'afflux karmique (āsrava karma). Lorsque cette matière karmique se combine, par interpénétration, avec les points d'espace du soi, c'est ce qui s'appelle l'asservissement.

3. L'asservissement (karmique) est de quatre sortes : suivant la nature ou l'espèce de karma (prakriti), sa durée (sthiti), sa fructification (anubhava) et sa quantité de points d'espace (pradesha).

4. La nature des karma est de huit sortes : celui qui obscurcit la connaissance, (jñānavarana), celui qui obscurcit la perception (darshanāvarana) , celui qui produit le sentiment (vedanīya), celui qui trompe (mohanīya), celui qui détermine la vie (āyu), celui qui détermine le nom (nama), celui qui fait le statut (gotra) et celui qui fait de l'obstruction (antarāya).

5. Les subdivisions de ces huit sortes d'asservissement sont respectivement de cinq, neuf, deux, trente-huit, quatre, quarante-deux, deux et cinq sortes.

6. Les karma qui obscurcissent la connaissance : la connaissance sensorielle, la connaissance scripturale, la clairvoyance, la télépathie, et l'omniscience, sont les cinq sortes de karma qui obscurcissent la connaissance.

7. Les karma qui voilent la perception : la perception oculaire, l'intuition non-oculaire, la perception clairvoyante, la perception parfaite, le sommeil, le sommeil profond, la somnolence (le sommeil dans la position assise), la lourde somnolence (le sommeil intense dans la position assise) et le somnambulisme (le fait de commettre des actions en dormant sans s'en souvenir) sont les neuf sortes de karma qui obscurcissent la perception.

8. Les deux karma qui causent le sentiment agréable et le sentiment désagréable respectivement sont les deux sous-catégories de karma qui produisent le sentiment.

9. Les karma qui induisent en erreur sont de vingt-huit sortes. Il y a trois sous-catégories de karma qui faussent la foi (la foi fausse, la foi juste et la foi fausse mélangée, la foi juste avec un léger défaut) et vingt-cinq sous-catégories de karma qui faussent la conduite, qui causent et qui sont causés par les passions (seize types chacun des quatre passions, par exmple, la colère, l'orgueil, la fausseté et la cupidité divisées en cinq classes, par exemple, très intense, intense, médiocre et faible), et par les neuf quasi-passions (le rire, le goût pour certains objets, le dégoût pour d'autres objets, le chagrin ou le tristesse, la peur, le dégoût, la grande envie des hommes, la grande envie des femmes, et la grande envie des hommes et des femmes).

10. Les karma de la vie déterminent le quantum de vie dans les états d'existence comme : êtres infernaux (naraka), plantes, animaux ou êtres immobiles (tiryāñcha), êtres humains (manushya) et êtres célestes (deva).

11. Les karma du nom (qui font le physique) comprennent : l'état d'existence (gati), la classe (jāti), le corps (sarīra), les membres (angopānga), la formation (nirmāna), l'union des molécules (bandhana), l'interfusion des molécules (sanghāta), la structure du corps (samsthāna), le squelette (samhanana), le toucher (sparsha), le goût (rasa), l'odeur (gandha), la couleur (varna), le mouvement après la mort (ānupūrvi), la stabilité du corps afin qu'il ne soit pas trop lourd pour tomber ni trop léger pour voler (agurulaghu), l'annihilation de soi (upaghāta), l'annihilation des autres (paraghāta), l'émission de chaleur radiante (ātapa), l'émission de lumière fraîche (udyota), la respiration (uchchhvāsa), la démarche (vihāyogati), le corps individuel (pratyeksharīra), l'être mobile (trasa), la disposition amicale (subhaga), la voix mélodieuse (susvara), la beauté du corps (subha), le corps fin (sūkshma), le développement complet des organes (indriya paryāpti) , la circulation des fluides (sthira), l'apparence radiante (ādeya), la célébrité ou le renom (yashakīrti) et leurs opposés (en commençant par le corps individuel) et l'état de Tīrthankara.

12. Les karma qui déterminent le statut (gotra) comprennent le haut et le bas.

13. Les karma obstructifs sont de cinq sortes : ceux qui empêchent la charité, le gain, la jouissance des choses consommables, la jouissance des choses non-consommables et l'exercice de ses capacités.

14. La durée maximum des karma qui obscurcissent la connaissance, qui obscurcissent la perception, qui produisent le sentiment et des obstructifs est de trente « sagarā kotikoti ».

15. La durée maximum des karma qui trompent est de soixante-dix «  sagarā kotikoti ».

16. La durée maximum du karma du nom et du karma qui détermine le statut est de vingt « sagarā kotikoti ».

17. La durée maximum du karma de la vie des de trente-trois «  sagarā ».

18. La durée minimum du karma qui produit le sentiment est de douze «  muhūrta » (un muhūrta est égal à 48 minutes).

19. La durée minimum du karma du nom et du karma qui détermine le statut est de huit « muhūrta ».

20. La durée minimum du reste est d'un « antarmuhūrta » (un « antarmuhūrta » est d'environs un peu moins de un «  muhūrta »).

21. La fructification est la maturation des karma.

22. La nature de la fructification dépend des noms des karma.

23. Après leur maturation, les karma tombent ou disparaissent. Cela est appelé le « savipāka nirjarā ». Les karma peuvent aussi être faits pour croître et se dissocier de l'âme par la pénitence et cela s'appelle « l'avipāka nirjarā ».

24. Les molécules karmiques d'infinies fois d'infinis points d'espace se répandent, sous une forme subtile, dans tous les points d'espace de chaque âme, à chaque naissance. Elles sont absorbées par l'âme, à cause de son activité.

25. La bonne variété des karma qui produisent les sentiments et les karma qui déterminent la vie, le nom et le statut agréables, constituent les karma du mérite (punya).

26. Les variétés restantes de karma constituent les karma du démérite (pāpa).

Résumé de ce chapitre

Les causes de l'asservissement karmique sont : la perception faussée, le manque de vœux, le fait de ne pas être consciencieux, la passion, et les activités du corps, de la parole et de la pensée.

L'asservissement et ses phases

L'asservissement est défini comme l'assimilation par l'âme de particules de matière. Celles-ci sont aptes à former des karma parce que l'âme a des passions.
Il y a quatre phases d'asservissement par la matière karmique : la nature du karma, la durée de l'asservissement, l'intensité de l'asservissement et la quantité de particules karmiques.

Les huit sortes de karma sont : ceux qui obscurcissent la perception, ceux qui obscurcissent la connaissance, ceux qui produisent le sentiment, ceux qui trompent, ceux qui déterminent la durée de la vie, ceux qui déterminent le physique, ceux qui déterminent le statut et les obstructifs.

Il y a maturation et fructification du karma.
Les particules de karma tombent après leur fructification.

Les karma méritoires sont : le karma qui produit le sentiment agréable, le karma qui détermine une bonne durée de vie, le karma qui détermine un bon physique, et celui qui détermine un bon statut.

Chapitre 9
L'arrêt et l'effacement du karma

1. L'arrêt de l'afflux du karma dans l'âme constitue le « samvara  ».

2. L'arrêt (du karma) s'effectue par les contrôles (gupti), les attentions (samiti), les vertus (dharma), les méditations (anupreksha), la victoire sur les souffrances (parishāhajaya) et par les conduites (cāritrā).

3. La pénitence ou austérités (tapa) aboutit à l'arrêt et à la dissociation (du karma).

4. L'arrêt de l'activité de l'esprit, de la parole et du corps sans désir de gains matériels ou de renommée s'appelle le contrôle de l'esprit, de la parole et du corps.

5. Inspecter le sol devant soi en marchant (īryāsamiti), dire des paroles qui sont bénéfiques, modérées, aimables, incontestables, sans cause de passions ni de conflit avec la religion (bhāshāsamiti), avoir de la nourriture pure sans aucun défaut / imperfection (esanāsamiti), prendre, manier et poser avec soin toute chose (adānanikshepasamiti) et excréter, uriner, etc. dans un endroit dépourvu de vies (utsargasamiti) sont les cinq contrôles des activités.

6. Les suprêmes indulgence, modestie, droiture, pureté, sincérité, contrôle, austérité, renoncement, non attachement et chasteté constituent les vertus ou devoirs.

7. La méditation c'est réfléchir au caractère transitoire de toute chose, a l'impuissance, à la transmigration de l'âme, à la solitude, à la spécificité, à l'impureté, à l'afflux du karma, à l'arrêt du karma, à la dissociation, à l'univers, à la rareté de l'illumination et à la vérité révélée par la religion.

8. Les souffrances ou épreuves doivent être endurées afin de ne pas s'écarter de la voie de l'arrêt des karma et afin de se dissocier d'eux.

9. Les vingt-deux sortes de souffrance ou épreuve sont : la faim, la soif, le froid, la chaleur, les piqûres d'insectes, la nudité, l'absence de plaisir, les femmes, la souffrance de l'errance, l'inconfort des postures, la dureté de la couche, la réprimande, la blessure, la mendicité, le manque d'aumône, la maladie, la souffrance due aux herbes coupantes, la saleté, le respect et l'honneur (aussi bien que le mauvais accueil), l'arrogance du savoir, le désespoir ou la gêne due à l'ignorance et le manque de foi.

10. Il y a 14 étapes de développement spirituel « gunasthāna » pour les âmes qui transmigrent. Dans les étapes des ascètes (des saints) de la dixième à la douzième, il y a 14 épreuves : la faim, la soif, le froid, la chaleur, les piqûres d'insectes, la souffrance venant de l'errance, la couche inconfortable, la blessure, le manque d'aumône, la maladie, la souffrance due aux herbes coupantes, la saleté, l'arrogance du savoir et le désespoir ou la gêne due à l'ignorance.

11. Dans la treizième étape du développement spirituel, onze épreuves sont possibles, dues au vedanīya karma. Ce sont celles décrites dans le Sūtra précédent, à l'exception : du manque d'aumône, de la vanité du savoir, du désespoir ou de la gêne provoquée par l'ignorance. Toutefois, en l'absence des karma qui trompent, ces souffrances sont sans effet concernant l'omniscient Jina.

12. De la sixième à la neuvième étape, toutes les souffrances sont possibles dans le cas de l'ascète qui a de grosses passions.

13. La vanité du savoir et l'ignorance sont causées par les karma qui obscurcissent la connaissance.

14. Le manque de foi et le manque d'aumône sont causés par les karma qui faussent la foi et par les karma obstructifs.

15. Les souffrances de la nudité, de l'absence de plaisir, des femmes, de l'inconfort des postures, de la réprimande, de la mendicité, du respect et de l'honneur sont causées par les karma qui faussent la conduite.

16. Les autres souffrances sont causées par les karma qui produisent le sentiment.

17. Un maximum de dix-neuf souffrances peut se produire simultanément pour l'ascète, puisque ne peuvent pas exister, à la fois, celles provenant du froid et de la chaleur et celles provenant de la souffrance due à l'errance, à l'inconfort des postures et à l'inconfort de la couche ne peuvent pas se produire en même temps.

18. L'équanimité, la récupération de l'équanimité par la re-initiation dans le cas du défaut de respecter le vœu et de son renouvellement après une pénitence, la pureté absolue de la non-violence, la légère passion pour l'avidité, et la réduction ou la dissociation des karma qui trompent, sont les cinq sortes de conduite juste (samyak cāritra).

19. Les six austérités externes (bāhya tapa) sont : le jeûne, la réduction de la nourriture, la restriction spéciale de n'accepter la nourriture que d'une demeure, l'abandon des mets stimulants et savoureux, l'habitat solitaire et la mortification du corps.

20. L'expiation, le respect, le service à l'ascète, l'étude, le renoncement et la méditation sont les six austérités internes (ābhyantara tapa).

21. Il y a respectivement neuf, quatre, dix, cinq et deux sortes d'expiation, de respect, de service, d'étude et de renoncement.

22. La confession (ālochana), la repentir (pratikramana), la combinaison de la confession et du repentir (tadubhaya), la discrétion (viveka), l'abandon de l'attachement au corps (viutsarga), la pénitence (tapa), la suspension (chheda) , l'expulsion (parihāra) et la réintégration dans le groupe d'ascètes (upashthāpana), sont les neuf sortes d'expiations (prāyashcitta).

23. Le respect pour la connaissance, la foi, la conduite et la coutume de l'hommage sont les quatre sortes de respect (vinaya).

24. Le service respectueux au chef de groupe d'ascètes (Āchārya), au précepteur, à l'ascète, au novice, à l'ascète souffrant, à la congrégation des ascètes âgés, à la congrégation des disciples d'un maître commun, à la congrégation des quatre ordres (des moines, des nonnes, des laïcs hommes et de laïques femmes), à l'ascète de longue date et à l'ascète de haute réputation sont les dix sortes de service (vaiyavritya).

25. L'enseignement, le questionnement, la réflexion, la récitation et le prêche sont les cinq sortes d'étude (svādhyāya).

26. L'abandon des attachements externes et internes sont les deux sortes de renoncement (vyutsarga).

27. La concentration de la pensée sur un objet particulier, c'est la méditation (dhyāna). Dans le cas d'une personne qui a la meilleure structure physique ou constitution cela va jusqu'à un « muhūrta » (48 minutes).

28. La pénible (arta), la cruelle (rudra), la vertueuse (dharma) et la pure (sukla) sont les quatre types de méditation (dhyāna).

29. Les deux dernières méditations (la vertueuse et la pure) sont des causes de la libération.

30. A l'occasion (d'un objet) déplaisant, penser encore et encore à son enlèvement est la première sorte de méditation pénible.

31. A la perte (d'un objet) favorable, penser encore et encore à sa récupération est la seconde sorte de méditation pénible.

32. Dans le cas de la souffrance due à une douleur, une maladie, un trouble, penser continuellement à son enlèvement est la troisième sorte de méditation pénible.

33. Penser à la réalisation de souhaits de plaisirs du monde est la quatrième sorte de méditation pénible.

34. Ces méditations pénibles se produisent dans les cas de laïcs avec ou sans petits vœux et des ascètes non vigilants.

35. La méditation cruelle concernant une blessure, une tromperie, un vol et une sauvegarde de possessions se produit dans le cas des laïcs avec ou sans vœux partiels.

36. La méditation vertueuse est de quatre types : la méditation sur les réalités (tattva) au moyen du « pramana » et du « naya  », les voies et moyens d'aider les êtres vivants à suivre la foi, la connaissance et la conduite justes, la fructification des karma, et la nature de l'univers.

37. Les deux premiers types de méditation pure sont atteints par les ascètes (les saints) bien versés dans les « Pūrva » (les écritures sacrées primitives), les « shrutakevali ».

38. Les deux derniers types de méditation pure se produisent chez les omniscients.

39. Les quatre types de concentration pure sont : l'absorption dans la méditation sur le soi, l'absorption dans un aspect du soi, les mouvements vibratoires très légers de l'âme, l'absorption totale de l'âme en elle-même sans aucune vibration.

40. Ces quatre types de méditation pure sont réalisés par ceux qui ont respectivement les trois activités (de la pensée, de la parole et du corps), une seule activité (celle de l'âme), une seule activité (celle du corps), et pas d'activité,

41. Les deux premiers types de méditation pure sont accessibles à quelqu'un qui a la connaissance scripturale et ils consistent à méditer sur une partie de cette connaissance. Dans le cours de la concentration sur la chose méditée, il peut y avoir un changement de caractère ou d'aspect.

42. Le second type (de méditation pure) est exempt de changement.

43. «Vitarka » signifie la connaissance scripturale par le raisonnement.

44. «Vichāra» c'est le changement dans l'objet de la méditation, dans l'expression verbale et dans l'activité de la pensée, de la parole ou du corps.

45. La dissociation des karma augmente d'innombrables fois dans les étapes du développement spirituel du bon croyant, du maître de maison avec les vœux partiels, de l'ascète avec les grands vœux, du destructeur de la passion qui conduit à des naissances infinies, du destructeur des karma qui faussent la foi, du destructeur des karma qui faussent la conduite, de l'ascète avec des passions dormantes, du destructeur de l'illusion, de l'ascète qui a détruit l'illusion et du vainqueur spirituel (Jina).

46. Les saints sans possessions sont de cinq sortes: « les pulāka  » (qui observent les vœux primaires, mais font des fautes quelquefois), les « bakusha » (qui observent parfaitement les vœux primaires mais prennent soin de leur corps et des accessoires), les « kushilas » qui observent parfaitement les vœux primaires mais font des fautes dans les autres ou qui ont contrôlé toutes les passions excepté celles qui brillent, les « nirgranthā » (qui atteindront l'omniscience dans un «  antaramuhūrta) et les « snātaka » (les omniscients-kevali).

47. Les saints sont décrits sur la base de la différence du contrôle de soi (samyama), de la connaissance scripturale (sruta), de la transgression (ptatisevanā), de la période de Tirthankara (tirtha), du signe (linga), de la coloration de la pensée (leshyā), de la naissance (upapāda) et du lieu (sthāna).

Résumé de ce chapitre

L'arrêt du karma c'est l'absence d'afflux de particules karmiques (dans l'âme). Il est causé par le contrôle de soi, la conscience, la vertu, la méditation, l'endurance à la souffrance et la conduite juste. L'arrêt et l'effacement du karma sont causés par la pénitence. Le contrôle de soi est la maîtrise rationnelle des activités du corps, de la parole et de la pensée.

La conscience c'est l'attention qui convient en marchant, en parlant, en mangeant, en acceptant et en posant les objets et en déposant les ordures et excrétions.
Les dix vertus fondamentales sont : le pardon, la modestie, la sincérité, la pureté de l'esprit, la sincérité, le contrôle de soi, la victoire sur les désirs, le renoncement, la non-possessivité et la jouissance des qualités de l'âme pure.

Les douze méditations sont les suivantes : la nature transitoire de la vie, l'absence d'aide d'un autre pour l'élévation spirituelle, la transmigration, l'individualité, la spécificité, l'impureté de l'âme dans le monde, l'afflux du karma, l'arrêt du karma, l'effacement du karma, la nature de l'univers, la difficulté d'atteindre l'illumination et les enseignements de la religion.

L'endurance de la souffrance est essentielle pour la continuation de l'avancement spirituel et pour l'effacement du karma.
La conduite juste comprend : l'équanimité, la re-initiation, la non-violence absolue, l'absence de légères passions et les actions sans passion.

La pénitence externe comprend : le jeûne total, le jeûne partiel, les restrictions spéciales en acceptant la nourriture, l'abandon des choses savoureuses, le sommeil en un lieu solitaire et la mortification du corps.

La pénitence interne comprend : l'expiation, le respect, le service, l'étude, le renoncement et la méditation. L'expiation comporte la critique de soi, le repentir, les deux, le jugement raffiné, le renoncement, la pénitence, la suspension, l'expulsion et la re-initiation. L'étude inclut : l'enseignement, le questionnement, la méditation, la récitation et la prédication.

La méditation est la concentration des pensées sur un objet particulier par une personne en bonne condition physique. Elle dure moins de 48 minutes. La méditation est de quatre sortes : pénible, cruelle, vertueuse et pure. Les méditations vertueuses et pures mènent au salut. La méditation sur des objets désagréables est la méditation pénible. La méditation sur les désirs d'objets agréables est aussi de la méditation pénible. Penser à la souffrance provoquée par la douleur c'est aussi de la méditation pénible. Enfin, les désirs pour des plaisirs du monde sont également de la méditation pénible.
La méditation cruelle comprend le plaisir dans la violence, la tromperie et le vol et la réalisation de plans pour conserver des moyens de plaisirs sensuels. La méditation pure inclut la concentration de l'esprit sur les enseignements de l'omniscient, sur l'enlèvement de l'illusion, sur la fructification du karma et sur la nature et la constitution de l'univers.
Les quatre types de méditation pure sont : la concentration sur les qualités de l'âme qui la distinguent des autres entités, la méditation sur juste un aspect de l'âme, la méditation sur la faible activité de l'âme et la totale absorption de l'âme en elle-même exempte de toute activité. Les deux premières sont pratiquées par les sages qui sont bien versés dans la compréhension des écritures. La troisième et la quatrième sont atteintes par les omniscients avec ou sans activité (yoga), respectivement.

Chapitre 10
Le salut

1. L'omniscience (la connaissance parfaite) est atteinte par la destruction des karma qui trompent, des karma qui faussent la connaissance et la perception, et des karma obstructifs.

2. Du fait de l'absence de la cause de l'asservissement et avec l'opération de la dissociation des karma, l'annihilation de tous les karma conduit au salut, à la libération (moksha).

3. L'émancipation (la libération) est aussi atteinte par des facteurs comme la non-activité de la pensée (bhāva) et la capacité d'être libéré (bhavyatva).

4. A la libération, la foi infinie, la connaissance infinie, la perception infinie et la perfection infinie ne sont pas détruites.

5. Immédiatement après la destruction complète de tous les karma, l'âme s'élance aux confins de l'univers (loka).

6. Comme l'âme y est préalablement préparée, comme elle est exempte de liens et d'attachement, comme l'asservissement a été rompu, et comme c'est dans sa nature de s'élancer à toute vitesse vers le haut, l'âme libérée s'élance vers le haut.

7. Comme la roue du potier une fois lancée tourne, comme une gourde couverte de boue coule à pic mais remonte une fois la boue enlevée, comme la graine de ricin monte de la fleur, comme la flamme monte, de même façon, à la libération des karma, l'âme s'élance vers le haut.

8. L'âme ne peut pas aller au-delà de (l'extrême limite) de l'univers, puisque il n'y a pas là de moyen du mouvement (dharma).

9. Les âmes émancipées peuvent être différenciées suivant la région (kshetra), le temps (kāla), l'état (gati), le signe (linga), le type d'Arhat (tīrtha), la conduite (cāritra), l'illumination par soi ou par d'autres (pratyeka buddha bodhita), la connaissance (jñāna), la stature (avagāhana), l'intervalle (antara), le nombre (samkhyā) et la comparaison numérique (alpa bahutva).

Résumé de ce chapitre

L'omniscience (la connaissance parfaite) est atteinte en annihilant le karma qui trompe, le karma qui obscurcit la connaissance, le karma qui obscurcit la perception et le karma obstructif.
Du fait de l'absence des causes de l'asservissement, de l'effacement du karma et de la dissociation de toute la matière karmique, c'est la libération (moksha). En plus de la matière karmique, le karma abstrait, comme les sentiments et les pensées causées par la fructification et les transformations du karma, est aussi annihilé dans le processus de libération.
Une âme libérée (siddha) possède la raison, la perception, la connaissance et la perfection absolues.

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Note : La bibliographie citée par l'Upādhyāya Shritsagar figure sur le site en anglais « jainworld.com/phil/tatsut » à la fin du chapitre 10. A ajouter, le traduction en anglais du « Tattvārtha Sūtra », avec les quelques différences de textes suivant les sections Shvetāmbara et Digambara et les commentaires de l'auteur, par Nathmal Tatia, publiée en 1994 par l'« Institute of Jainology » chez Harper Collins.

Pour la version sanskrite en caractères romains du « Tattvārtha Sūtra », se reporter au site en anglais ci-dessus. Il est possible d'avoir le texte de chaque Sūtra, en caractères sanskrits, en téléchargeant le logiciel « Kruti Dev 011 » mentionné en tête de chaque chapitre de la version anglaise.

Table des matières

  1. Introduction
  2. Chapitre 1 - La voie de la libération, les réalités, la connaissance
  3. Chapitre 2 - Les âmes, les sens, les corps des êtres vivants
  4. Chapitre 3 - Le monde inférieur et le monde médian
  5. Chapitre 4 - Les êtres célestes
  6. Chapitre 5 - Les entités inanimées
  7. Chapitre 6 - L'afflux de la matière karmique
  8. Chapitre 7 - Le code moral ou éthique
  9. Chapitre 8 - L'asservissement du karma
  10. Chapitre 9 - L'arrêt et l'effacement du karma
  11. Chapitre 10 - Le salut